Une contribution à l’histoire littéraire récente

Written by Gregory Haleux

 

« Personnage qui m’a toujours intrigué, plus complexe peut-être que Rastignac et d’Arthez réuni [sic], et qui rend impossible (pour cela aussi qu’il m’intéresse) cette idée si banale qu’il faut à chaque personnage une clé, et que certains d’entre eux sont forcément des « doubles de l’auteur » : Lousteau (en particulier celui de la Muse du Département, mais en fait chaque fois qu’il paraît). Personnage à mi-pente, celui qui compose avec le fait que rien d’extrême ne lui est concédé, une impossibilité à s’abandonner lui-même, à renoncer aux petites choses du confort : quelqu’un qui aujourd’hui s’intéresserait à la télévision et aux journaux — quelque chose dans Lousteau étonnamment proche de nos destins du monde fin vingtième. »

François Bon, extrait de « Notes sur Balzac »

 

En essayant de faire le ménage dans de vieux fichiers de mon ordinateur, je tombe sur des notes personnelles au sujet d’une mystification des plus ridicules et que j’avais complètement oubliée.
Il y a dix ans, Céline et moi avions écrit un article très critique, sur le blog de nos éditions Cynthia 3000, à propos d’un partenariat de François Bon avec Amazon. Cela avait heurté les admirateurs du gourou, et le gourou lui-même qui parut tomber en frénésie. Quelques jours plus tard, en même temps que François Bon abandonnait son projet de « librairie », une mystification naissait dans la bouquinosphère entoilée : un nouveau blog littéraire, pompeusement nommé le Bulletin des Lettres, se présentant, sous la signature Étienne Lousteau, comme un collectif de 5 auteurs anonymes issus des éditions de Minuit et P.O.L. Quelques jours plus tard, ils se disaient 20. Leur mission était de montrer que d’autres auteurs (et pas des moindres, même si anonymes) avaient les mêmes préoccupations que François Bon (la diffusion du livre par d’autres voies marchandes), et que François Bon n’était pas le seul à plébisciter Amazon mais qu’on ne s’en prenait pas aux autres. Bien qu’ambitieux, le blog disparut très vite et l’on ne sut jamais qui étaient ces auteurs traîtres à leur éditeur… Devinez qui était l’unique auteur du site.

Ci dessous — l’histoire littéraire tient à peu de choses — l’une des très rares traces de ce Bulletin des Lettres sur la toile.

 

Blog Lignes de fuite,
publication du 29 janvier 2007

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