Cette nuit, en rêve

Written by Gregory Haleux

 

Cette nuit, en rêve, j’évitais le suicide.
Une première partie du rêve n’a apparemment rien à voir : je rencontrais Christophe (le dernier des Bevilacqua). Après un concert, le chanteur voulait rencontrer quelques personnes du public. Nous étions une quinzaine pour une discussion détendue, mais seuls Céline et moi échangions avec lui, les autres écoutaient. Christophe préférait, plutôt que de musique, parler de nos petites vies, sur lesquelles il nous posait de nombreuses questions. A un moment, je n’osais pas lui parler d’Alan Vega, avec lequel, peu de temps avant la mort du ghost rider, il avait encore fait un duo. [Au réveil, je réalise qu’Alan Vega, c’est aussi Suicide. Et que Christophe, c’est aussi Krsto, mon ami suicidé qui m’a sensibilisé à Christophe il y a vingt-cinq ans.]
Je devais me suicider. Mon entourage était prévenu et acceptait. Les funérailles étaient prévues. C’était en quelque sorte un suicide assisté, à la différence qu’on ne me fournissait aucun poison : c’était à moi de trouver le moyen.
Je monte des escaliers et arrive dans une petite pièce carrée. Tout semble métallique et proche du vide. C’est là que je dois me suicider. Mais soudain j’ai peur : est-ce vraiment une solution ? est-ce vraiment ce que je veux ? Je n’arrive pas à penser, je pleure. A ce moment, un couple de vieux monte les escaliers. Lui seul pénètre dans la pièce, elle reste trois ou quatre marches plus bas. Il retire sa veste. C’est donc le candidat suivant, j’ai tardé. Ils ont l’air très sereins. Il est évident qu’il va le faire, tandis que moi… Je décide de me sauver. Je dis à l’homme : Ne dites rien à personne (ce qui n’est pas très cohérent puisque dans quelques minutes il sera mort et qu’on ne retrouvera pas mon corps). Je m’enfuis vers le vide.
Je suis un fugitif, errant dans un cimetière. Dans une allée, je vois mon cercueil. J’ai besoin de réfléchir et de me cacher. Je me cache quelque part dans ce cimetière.
On fait entrer deux candidats au suicide, déjà dans leur cercueils, dans une arène. On lève la herse et un monstre entre pour les engloutir.
L’un des deux candidats, une jeune femme [j’ai d’abord cru, au réveil, que c’était moi], a semble-t-il échappé au monstre. Elle est maintenant dans une petite pièce à la lumière feutrée, toujours dans son cercueil bien que vivante. Un homme dans une robe à capuchon qui me cache son visage est penché au-dessus de la fille, en une attitude de prière. Soudain, de l’ombre surgit le père de la fille. Il fend d’un coup de hache la tête de l’espèce de moine en hurlant, le visage déformé par la colère, quelque chose comme : Je savais bien qu’elle ne voulait pas vraiment mourir ! D’autres hommes abattent aussitôt le père. La fille n’a pas bougé, elle est toujours allongée, les yeux ouverts. Elle me fait penser à une Ophélie sur l’onde. Quatre ou cinq hommes sont debout autour du cercueil, chacun est muni d’une arme différente pour le suicide, comme dans cet autoportrait de Man Ray. Ils lui adressent un discours hypnotique sur le suicide. L’un d’eux approche des lèvres de la fille un dé à coudre rempli de poison.

Je raconte, au réveil, mon rêve à Céline. Elle me dit : tu te rappelles ce que je t’ai rappelé, hier, dans notre discussion sur l’hypnose ? Je réponds non, un peu énervé, ne voyant pas le rapport, bien que j’aie employé le terme hypnotique. Elle me dit : au sujet de Roustang ? Cela m’énerve encore : non ! Elle : mais si, tu sais, dans ce livre d’Emmanuel Carrère que tu m’avais lu ! Et alors, ça me revient ! Dans Le Royaume (P.O.L, 2014), Carrère raconte une visite qu’il fit à Roustang, à qui il parla de ses idées de suicide. Roustang lui fit une réponse étonnante.

 

Emmanuel Carrère, Le Royaume, P.O.L, 2014, pp. 22-24

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