Lop, reviens, ils sont devenus fous !

Written by Gregory Haleux


Le Haut Protecteur de la République rénovée vient de recevoir une pomme verte sur le nez.
Surpris, mais non déconcerté, M. Ferdinand enchaîne sur l’agriculture.

 

Déjà quarante ans que Ferdinand Lop (1881-1974), a quitté ce monde ! En hommage à ce candidat perpétuel aux idées fortes, voici un article paru dans Vu n°308, le 7 février 1934. Il est signé Jean-A. Ducrot. Les photographies sont de Gaston Paris.

 

AU QUARTIER LATIN

LOP FAIT « FÜHRER »

 

Le nom de Ferdinand Lop est, à lui seul, tout un programme. Tous ceux qui ont l’honneur de l’entendre regrettent son échec aux dernières élections et conservent un souvenir ému de ses réunions au Quartier Latin. Ils seront heureux de savoir que sa popularité du haut en bas du Boul’ Mich’ n’a jamais cessé d’aller croissant. Aujourd’hui, Ferdinand Lop n’a qu’à faire son entrée dans n’importe quelle brasserie pour provoquer un tel tapage que les bistrots, craignant pour leur matériel, l’expulsent instantanément avec ses admirateurs. Aussi, ses soirées se passent-elles en pérégrinations qui ne manquent jamais d’imprévu. La petite troupe fait boule de neige, et bientôt, c’est un cortège triomphal sur le passage duquel tous ces bras se tendent et les vivats éclatent. Lorsque, par chance, Ferdinand Lop a pu trouver une salle disponible, on s’écrase pour venir l’applaudir. L’assurance de ce petit homme est stupéfiante. Il affirme, il exige, insensible aux chahuts qui hachent ses discours. « Messieurs, ce qu’il faut à notre pays, pour résoudre la crise, c’est un homme pris en dehors du Parlement. Cet homme, c’est moi. Mon programme est prêt, mon plan de redressement économique et financier intégral ne frappera aucun contribuable, aucun fonctionnaire. J’utiliserai les réserves financières en faveur de l’équilibre budgétaire… ».

Ici, une pomme verte bien dirigée fait sauter les lunettes de l’orateur. Une voix cria : « Où prendrez-vous l’argent ? » Sans se troubler, Ferdinand Lop continue : « Vous me permettrez, Messieurs, d’être discret là-dessus. Je ne veux pas faire bénéficier mes adversaires du fruit de mes réflexions. Mon programme financier est au point. Toutefois, je me réserve, le cas échéant, de le modifier. Quant au programme constitutionnel, vous me permettrez de le taire également… »

 

 

Il est rare que l’orateur puisse parler beaucoup plus longtemps à la fois. Son patronyme inspire les plaisanteries les plus fines ; une mains mystérieuse coupe le courant et, sous prétexte de le protéger, l’infortuné est livré à des manipulations parfois un peu brutales. D’autres fois, c’est un pétard sournoisement allumé sous sa banquette , qui donne le signal d’un vacarme grandiose. A tel point que Ferdinand Lop s’est vu contraint de demander à ses fidèles de constituer une garde d’honneur. Le recrutement n’a été difficile que parce que les volontaires étaient trop nombreux. La première fois que j’ai vu sur un geste d’ailleurs plein de noblesse du dictateur, ladite garde se ruer sur un « agent provocateur » trop obstiné et l’emporter comme un paquet hors de la salle, j’ai entendu le couloir résonner de tels cris que mon sang n’a fait qu’un tour. Ecoeuré de tant de brutalité, je volais déjà au secours de la victime lorsque j’ai eu la stupéfaction de la trouver avec ses bourreaux, tout bonnement occupée à rouler une cigarette. Les uns et les autres riaient tellement qu’il ne m’a pas paru utile de les questionner sur leur singulière attitude.

La garde fondée, embryon de la future milice, il s’est agi de savoir de quelle couleur serait la chemise d’uniforme. Question singulièrement embarrassante à l’heure qu’il est. Mussolini a choisi le noir, Hitler le brun, le rouge est réservé aux bolcheviks, les Irlandais ont pris le vert, Georges Valois, dictateur manqué, avait adopté le bleu. Finalement, pour toutes ces raisons, Ferdinand Lop, après avoir un instant songé au bleu céleste pour les hommes et rose pour les dames, avec cravate assortie, s’est décidé pour la chemise blanche. Ce qui lui vaudra, à tout le moins, les suffrages des blanchisseuses.

 


Le Lopisme est un mouvement de jeunesse. Entouré de bras dressés à la romaine,
Ferdinand Lop prend la pose des bras croisés.

 

J’ai eu tort de donner le titre de dictateur à Ferdinand Lop. Il lui déplaît. Celui de « Haut Protecteur de la République Rénovée » lui a donc été décerné à l’unanimité, la semaine dernière. Titre simple, qui dit bien ce qu’il veut dire. En attendant que les acclamations du peuple tout entier le confirment, le champ d’activité préféré de Ferdinand Lop, après le Quartier Latin, c’est la salle des Quatre-Colonnes. Il en est un des oracles les plus écoutés. Pas de crise ministérielle qui ne soit plus ou moins son oeuvre, il l’avoue avec simplicité. Et aussitôt le Cabinet renversé, il court chez lui attendre le municipal qui, fatalement, un jour ou l’autre, le convoquera à l’Elysée. A la vérité, à plusieurs reprises déjà, son brave coeur a battu en voyant glisser sous sa porte des plis d’allure tellement officielle qu’il a couru chez M. Lebrun. Hélas ! les gardes qui connaissent bien notre homme, l’ont refoulé sans ménagements. Samedi dernier, à la chute du ministère Chautemps, un monsieur décoré, bien mis, est venu chercher Ferdinand Lops, l’a fait monter avec déférence dans un taxi. Hélas ! c’était un guet-apens, et si le Haut Protecteur a pu se soustraire au sort de l’infortuné général Koutiepof, il ne l’a dû qu’à sa perspicacité. Car On en veut à sa vie. Le lendemain de ce premier attentat manqué, je sais de source certaine que trois individus se disant inspecteurs, l’ont embarqué dans une limousine, l’ont emmené au bois de Vincennes et là, l’ont menacé des plus terribles représailles s’il poursuivait la conquête du pouvoir. Ce nouveau crime policier s’explique après l’énorme manifestation qui, quelques jours avant, avait groupé autour de Ferdinand Lop plusieurs centaines de jeunes citoyens à se porter à l’assaut du Sénat. Jamais coup de force ne fut si près de réussir. Nous étions à vingt pas du Palais lorsqu’un gardien affolé alerta police-secours. Quatre cars bondés d’agents arrivèrent juste à temps. Ce fut une belle débandade. La moitié de la garde finit la nuit au poste. Quant au futur maître de nos destinées, estimant que son heure n’était pas encore venue, il se volatilisa.

Le Quartier Latin conserve ses bonnes traditions !  .

 


Le Haut Protecteur remet un fanion à sa garde de fer, ivre d’enthousiasme.
Et maintenant, au Sénat !

 

Pour en savoir plus sur Ferdinand Lop, se reporter à l’Encyclopédie des farces et attrapes, sous la direction de François Caradec et Noël Arnaud (Jean-Jacques Pauvert, 1964 : verra-t-on enfin, pour ses cinquante ans, une réédition de cet ouvrage indispensable ?), pp. 85-90.

 

Bibliographie de Ferdinand Lop

Le Pétrole en France. Chiron, 1923? . 45 p.
La Force d’Israël – Vers et pour la Renaissance du Judaïsme. La Pensée Française, 1923. 94 p.
Les Colonies françaises – leur commerce, leur avenir, leur importance, leurs ressources. SFELT, 1931. 215 p.
La Paix politique et économique. Poinsot, 1932. 95 p.
— (avec C.H. Bocherel) Les Possessions françaises du Pacifique. Larose, 1933. 147 p.
Le Rénovateur, organe hebdomadaire politique, économique et social. 1937.
Vers la Rénovation – L’Heure du Salut Public. Centre de Propagande de la Rénovation, 1938. 8 p.
Vers le Pouvoir. Dix ans de lutte pour la République. Librairie S.A., 1938? . 67 p.
Le Veau d’Or, poème d’inspiration biblique en deux tableaux. Centre d’études lopistes, 1947? . 30 p.
La Tunisie et ses richesses. P. Roger, 1950. 221 p.
Au fil de la pensée, poèmes. SFPEP, 1950. 29 p.
La France veut la paix. SFAIG, 1950. 24 p.
Un cas de conscience – comédie dramatique en 3 actes. Editions de Nesle, 1951. 59 p.
Jeanne, héroïne de France – drame historique. SFAIG, 1951. 35 p.
Les Entretiens du Professeur Démosthène – les problèmes du jour. SFAIG, 1951. 48 p.
Pensées et aphorismes. SFAIG, 1951. 60 p.
Problèmes de salut public – constitution, économie, finances, outre-mer. SFAIG, 1951. 68 p.
Le Sultan Mourad, tragédie en vers.  Editions de Nesles, 1952.
Les Idées du Professeur Démosthène – Justice, outre-mer, paix… Les Editions de Mai, 1952. 80 p.
Pensées et aphorismes. Les Editions de Mai, 1952. 143 p.
Nouvelles variétés. SFAIG, 1952. 67 p.
Mes combats politiques – Pour servir à l’histoire de la nation. Les Editions de Mai, 1953. 159 p.
Pétain et l’histoire [Ce que j’aurais dit dans mon discours de réception à l’Académie française si j’avais été élu]. Impr. Mazarine, 1957. 16 p.
Vers les Etats-Unis d’Europe – pour construire l’Europe. Impr. Mazarine, 1948. 15 p.
Quartier Latin – Les Cafés littéraires. Impr. Mazarine, Les Cahiers du Temps présent, 1958. 19 p.
Ma candidature à la présidence de la République – pourquoi j’ai été candidat. Impr. Mazarine, 1958. 24 p.
Histoire du Quartier Latin – 1. L’Université. 1960. 14 p.
Histoire du Quartier Latin – 2. La Sorbonne et le Collège de France. 1961. 24 p.
Où va la France ? Impr. Mazarine, 1961. 20 p.
Histoire du Quartier Latin – 3. Les Thermes de Julien et l’abbaye de Cluny. Le Palais du Luxembourg. 1963. 16 p.
Les Etats-Unis d’Europe. Impr. Mazarine, 1964. 16 p.
Vers le régime présidentiel. 1965. 16 p.
La France et l’Algérie : ce qui aurait pu être fait. 1966. 29 p.
La France et le Viët-Nam : la paix qui s’impose. 1967.  35 p.
Telle sera l’Europe de demain ! 1969. 44 p.
Nouvelles pensées et maximes. 1970. 83 p.
Mémoires, tome 1 : (1917-1939) Mes débuts à Paris, Mes débuts dans la Presse. 1970. 123 p.
Maximes et poèmes. 1971. 136 p.
Le Veau d’Or, pièce biblique en vers en 2 actes, suivie de Poèmes. 1971. 73 p.
Antimaximes. 1973. 83 p.

 

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