Agenda Noir 1985 et 1986, de Thierry du Sorbier

Written by Gregory Haleux

 

Ces livres pastichent la célèbre collection de polars « Série noire », fondée par Marcel Duhamel. Le contenu imite le genre de l’agenda : pour chaque jour de l’année, une citation issue d’un des volumes de la « Série noire » et dans laquelle le jour est mentionné. En voici quelques-unes, extraites des deux volumes, pour la première quinzaine de mars :

 

Journal de Brummel. 1er mars.
Je viens à toi, ô muse, tout droit de mon miroir où j’ai regardé ma figure. Je l’ai étudiée, cette chose, ma figure, morceau par morceau, ma figure défigurée. (…) Ô dieux ! Mère ! Meurtre ! Et Sarah Stone ! Ô tristesse !

Harry LONGBAUGH, N° 932, p.18.

 

2/3. Télégramme n° 3.004. F.B.I. Washington à Sûreté nationale (P.J.) Paris. Henri Ferré embarqué sur Queen-Elizabeth le 2-3. Stop. Destination Le Havre. Stop. Rapport détaillé, expédié à C.I.P.C. qui transmettra. Stop.

Auguste LE BRETON, N° 193, p.9.

 

Le chiffre trois a toujours joué un rôle important dans mon existence. Je suis né le troisième jour du troisième mois de l’année. C’est à trois heures du matin que je me trouvais étendu, tout éveillé, sur la table d’opération. Oui, il était exactement trois heures du matin quand le chirurgien posa son bistouri sur mon bras.

Gertrude WALKER, N° 67, p.73.

 

On était le 4 (mars) et je n’attendais personne. Il faisait nuit et, à travers le verre du judas, je ne distinguai vaguement qu’un visage déformé impossible à identifier.

John WAINWRIGHT, N°1955, p.93.

 

Le 5 mars à six heures et demie du soir. Allie et moi nous sommes mariés il y a à peine quatre heures ; la cérémonie, très simple, sans protocole, a eu lieu à l’hôtel de ville.

Lionel WHITE, N° 803, p.54.

 

– Docteur Morris, intervint Bobby Jones de sa voix accusatrice et cristalline, où étiez-vous pendant la nuit du 6 (mars), entre minuit et cinq heures du matin ? (…)
– Vous me demandez de fournir un alibi ? demanda-t-il avec un rire incrédule.

Dorothy UHNAK, N° 1853, p.92-93.

 

– Et quel jour avez-vous effectué votre tentative ?
L’autre haussa légèrement les épaules.
– Vous le savez aussi bien que nous, non ? Le 7 mars… Et on n’a pas trouvé trace de Laser !

Maxime DELAMARE, N° 896, p.222.

 

Le 8 mars 1935, alors qu’il était tout jeune poliziesco, il avait fait mouche quatre fois en abattant quatre des cinq voleurs – (…) – qui s’étaient introduits dans l’usine de textiles Curazzi pour y percer le coffre-fort.

Pierre SINIAC, N° 1438, p.14.

 

Un lieutenant de l’armée de l’union et deux ou trois soldats avaient été blessés au cours de la poursuite.
L’officier mourut de ses blessures le 9 mars.

Wilson TUCKER, N° 1216, p.204.

 

Quelques semaines plus tard, début mars, Schmob, comme tous ses confrères, reçut un carton :
Mesdames et Messieurs les critiques criminels sont priés d’assister au nouveau crime de M. Cauchon qui aura lieu le 10 mars à 23 heures précises dans les souterrains de la rue Broca.
– Le cochon persévère ! tempêta Schmob.

Pierre SINIAC, N° 1938, p.103.

 

Je reconnus Soupir, un village qu’on avait pris aux Boches fin février, qu’ils avaient repris le 11 mars, qu’on s’était réadjugé pour leur recéder (…) et où avaient été tués, éventrés et décapités, Saulnier, Roguette, Soulques…

Pierre SINIAC, N° 1773, p.27.

 

12 mars. Déjeuner au Groupement masculin. Orateur : Harry Pine.

Ed McBAIN, N° 907, p.164.

 

Et on a constaté qu’elle était effectivement partie, vraisemblablement dans la nuit du 13 mars. En emportant toute sa garde-robe d’été, soit dit en passant. Curieux, hein, avec le froid qu’il fait ?

Maxime DELAMARE, N° 1016, p.38.

 

– N’est-il pas exact que le soir du 14 mars, un peu avant ou après vingt-trois heures trente, vous avez pénétré dans cet hôtel, le visage dissimulé par un mouchoir afin que personne ne puisse vous reconnaître ?

Jonathan CRAIG & Richard POSNER, N° 1598, p.170.

 

15 mars. Le malade est « négatif ». Le microbe est mort ou en sommeil. Combien de temps cela durera-t-il ?

Richard SALE, N° 48, p.238.

 

 

On est impressionné du travail de lecture, même diagonale, qu’il a fallu abattre pour arriver à ce résultat anthologique – et précisons qu’entre les deux volumes, il n’y a aucune répétition.
Agenda Noir 1985 indique :

 

Des 368 textes présentés dans cet agenda, 320 sont issus de la « Série Noire », 31 de la « Super Noire », 1 de la « Série Blême » (toutes collections dirigées ou créées par Marcel Duhamel) et 16 de la collection « Carré Noir ».
Ces textes sont publiés avec l’aimable autorisation des Éditions Gallimard.

 

Agenda 1986, quant à lui :

 

Des 415 textes présentés dans cet agenda, 335 sont issus de la « Série Noire », 49 de la « Super Noire », 20 de la « Série Blême » (toutes collections créées par Marcel Duhamel) et 11 de la collection « Carré Noir ».
Ces textes sont publiés avec l’aimable autorisation des Éditions Gallimard.
Sauf un, purement imaginaire.

 

Si ce n’est pas annoncé pour Agenda 1985, on y trouve quand même un extrait d’un « Série Noire » imaginaire :

 

– C’était Spencer le gros bonnet. Il fabriquait des agendas en banlieue. Il avait dans un petit hangar tout un tirage avec un mois de février de vingt-sept jours. On passait directement du dimanche 24 au mardi 26. Je reconnais qu’il ne se passe jamais grand’chose le 25 février, mais c’est comme ça que je l’ai eu.

Terry REIBORS, N° 1013bis, p.257-258

 

Le premier volume est paru aux éditions Pentatlante & Locus, le second aux éditions Locus. Il ne semble pas que d’autres livres aient paru à ces enseignes…
Quel est l’auteur ? Les Agendas Noirs sont signés. Sur la page de titre en 1985 : Thierry du Sorbier ; en 1986 : Thierry du Sorbier et Erick Jugie-Roels. Nous ne trouvons absolument rien sur ce second nom, mais nous apprenons que Thierry du Sorbier a publié un premier roman, Ottaviana, en 2005, puis un autre, Le Stagiaire amoureux, en 2007, tous deux chez Buchet Chastel. Il dirigerait actuellement une boutique de chaussures Berluti dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés à Paris. Entre 1973 et 2001, il fut libraire, chez Gibert et… Locus Solus. Difficile de trouver des informations sur cette librairie au nom rousselien : elle aurait été située 19, rue Ferdinand Duval à Paris, dans le Marais et était spécialisée dans le roman policier, comme le montre cette photographie contenue dans Agenda Noir 1986.

 


Le Collectionneur (Jacques Loïc/Viva)

 

Quelques autres précisions.
Les ouvrages sont largement illustrés. Agenda noir 1985 contient des photographies d’auteurs de la « Série Noire » et d’acteurs. Pour Agenda noir 1986, aux mêmes genres de photographies s’ajoutent des dessins que Roland Topor semble avoir spécialement réalisés (torchés) pour l’occasion.
Dans les deux livres, aux textes des jours s’ajoutent ceux des saisons, qui sont des inédits : de Gilles Vander, Paul Bénita, Thierry du Sorbier et Jean Echenoz pour 1985 ; de Robin Cook, Marc Villard, Thierry Jonquet et encore Jean Echenoz pour 1986.
Agenda Noir 1986 contient une autre section, intitulée « Le Noir… et le Rose », avec des extraits de polars pour chaque heure de la journée. Pour chaque heure, deux citations, « noire » page de gauche, « rose » page de droite. Exemple :

 

23 HEURES. Il pénètre dans le refuge, et jette un coup d’oeil à la pendule : 10 h 51. Encore neuf minutes.

John GEARON, Série Blême, N° 2, p.130.

 

23 HEURES. À onze heures ils sont au lit.

Stuart KAMINSKY, N° 1950, p.233.

 

Agenda Noir 1985 se termine par la liste des 1982 numéros de « Série Noire » alors existants, quelques pages blanches pour des « Notes », la table des illustrations et les remerciements de l’auteur.
Agenda Noir 1986 se termine par la liste des ouvrages cités, un « Répertoire » alphabétique et les remerciements de l’éditeur (l’index des photographies est en début d’ouvrage).

 

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