Pierre Frondaie, poète rousselâtre

Written by Gregory Haleux


Pierre Frondaie, vers 1925

 

Pierre Frondaie (1884-1948), romancier et auteur dramatique à succès, fut aussi celui qui adapta pour la scène Impressions d’Afrique et Locus Solus.
Il était également poète. François Caradec, dans sa biographie (Jean-Jacques Pauvert, 1972 ; Fayard, 1997. p.214), cite un poème que Frondaie envoya à Roussel le 7 août 1921 :

 

Sonnet

 

Public ivre, ton courroux, sel
Du pot-au-feu que d’habitude
On t’administre, vieux Latude,
T’a fait reconnaître Roussel.

Critique hagard, loup-garou, cel
Du trésor neuf, quelle hébétude
Veut que sa géniale étude
Soit, pour toi, embûche, trous, scel ?

Ton goût, c’est le cachet de cire
Du médiocre épris d’occire
Sur l’autel Moins l’archange Plus !

Tu ne sais que, quand tu lis, braire.
Et l’orgueil du Locus Solus
Reste en exil chez le libraire.

 

Roussel le remercia pour

cet étourdissant sonnet. Que de rimes en « roussel ». C’est un tour de force et « lis braire » est épatant. Cela m’a fait penser à cette rime de douze pieds :

Dans ces meubles laqués, rideaux et dais moroses
Danse, aime, bleu laquais, rit [
sic] d’oser des mots roses.

 

Je trouve, pas vraiment par hasard, un autre sonnet que Frondaie écrivit pour Roussel et qu’il fit publier dans le Gaulois du 30 décembre 1922 :

 

M. Pierre Frondaie a envoyé à M. Raymond Roussel le manuscrit de ses premiers poèmes : Les Pierres de Lune. Ce précieux souvenir était accompagné du sonnet inédit que nous publions ici :

 

À Raymond Roussel

Que l’on brode sur l’étendard
De ton empire ésotérique
Un ver musicien d’Afrique,
Un hippocampe au profil d’art.

Ton génie, abeille au long dard,
Effarouche encore la bourrique
Des sentiers battus… Par la trique
Acharne-toi sur ce Bridard.

Faut-il que la gloire que hume
L’esprit attende que, posthume,
Ton laurier soit un frère d’if ?

Non, car l’émeraud dans la carte,
Trouant l’ombre qui ne s’écarte,
Hâtera le soleil tardif.

 


1907-1927…

Comments: 5

  1. Magnifique découverte : merci pour ces frondaie[zons] rousseliennes !

    Même si dans le genre des holorimes je préfère l’allaisien
    Par les Bois du Djinn, où s’entasse de l’effroi,
    Parle et bois du gin !… ou cent tasses de lait froid !
    ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Vers_holorimes )

  2. Ah oui, je ne songeais plus au site « Fatrazie » : merci !
    Et merci d’avoir retiré les balises HTML de mon commentaire, je ne pensais pas qu’elles s’afficheraient.

  3. Fatrazie est une vraie mine. Je crois que c’est l’un des tout premiers sites que j’ai visités quand j’ai découvert Internet.
    Je vais essayer de faire quelque chose pour qu’au moins les liens apparaissent dans les commentaires.

  4. Une mine à souquer au fond des ponts, comme aurait dit Luc Étienne (quadruple inversion de consonnes)…

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